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La forêt de mon père

Gina, 15 ans, vit avec des parents aimants, ainsi que son frère et sa sœur plus jeunes, dans un HLM tout près d’une forêt. Carole, sa mère, travaille comme domestique auprès d’une famille bourgeoise. Jimmy, son père, grand connaisseur de la nature, s’attache à transmettre son savoir et ses émerveillements à ses enfants ravis, Gina en tête, qui, en tant qu’aînée, apprend la première à monter au faîte des arbres. Jimmy vient de perdre son emploi de bûcheron pour, dit-il, avoir « sauvé un chat » qui lui a délivré un message : « Couper une branche, c’est torturer un arbre ». Malgré quelques haussements de sourcils, toute la famille s’amuse de ces explications. Mais ce père hors norme multiplie les comportements étranges, voire inquiétants.

Grandir avec un proche dysfonctionnant donne souvent aux enfants devenus adultes l’envie de raconter ce temps d’enfance à la frontière de la folie. Vero Cratzborn, ancienne assistante de Leos Carax, auteure de cinq courts et de plusieurs documentaires, raconte avec « La forêt de mon père », l’affection admirative pour un père loufoque et fantasque mais aussi la prise de conscience progressive par sa fille, placée au centre du récit, de l’anormalité des situations vécues. La réalisatrice s’inspire de son père atteint d’un handicap psychique. Ici, pourtant, on se garde bien de nommer la pathologie de Jimmy (c’est l’avantage de la fiction par rapport au documentaire), histoire de ne pas nous enfermer ni enfermer le père dans le carcan d’une référence médicale, et ainsi lui permettre d’être un personnage imprévisible, qui, à l’écran, constamment nous interroge autant qu’il semble interroger son entourage. Peut-être pourra t’on reprocher la valeur à -peu-préiste et juste illustrative de l’établissement psychiatrique ou Jimmy est contraint de se rendre… Mais ce serait oublier que l’essentiel n’est pas là dans cette histoire… « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »  L’essentiel était ailleurs, dans la façon dont cette tribu gère la maladie d’un des leurs : Carole assume, aimante et amoureuse, les conséquences psychologiques et financières de cette vie à la fois belle et troublée. Mais surtout sa fille ainée, Gina semble, dans l’ombre, constamment, prendre la mesure des événements, et détenir la clef du fonctionnement hors normes atypique du père de famille, dont les effets entament la stabilité de la structure familiale, sans pourtant détruire les liens qui unissent tous ses membres. Elle est résolument du côté de la vie ; elle n’oublie pas qu’initiation à la vie transite symboliquement par la forêt de son père, lieu d’une inquiétude forcément nocturne, mais, illuminé (à la toute fin, mais non je ne divulgâche pas…) par la perspective d’une première histoire d’amoureuse, désir d’une émancipation. Et là, pas besoin de forcer le trait, en surlignant les gestes de Gina du verbiage que l’on colle trop souvent à l’adolescence ces derniers dans le cinéma français, l’essentiel aussi ne s’entend qu’avec le cœur.

La forêt de mon père est un a coup sur film d’amour, un film d’aventures, un film initiatique. Une proposition qui vient du cœur donc, à voir et entendre avec le cœur,

Auteur :

Un site spécialement dédié à l'éducation à l'image Cinéma sur le département de l'Aude

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