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Histoire du cinéma d’animation

Je vous propose  de revenir sur l’histoire de cette forme de cinéma singulière suivant une frise proposée par le site UPOPI (Textes : Simon Gilardi, Denis Walgenwitz. Réalisation : Ciclic en partenariat avec le Conseil général d’Eure-et-Loir, 2014.) .

Aujourd’hui:

INDUSTRIE / AVANT-GARDES

Après les expérimentations des pionniers, l’animation s’industrialise, grâce notamment à plusieurs inventions. Le Québécois Raoul Barré met au point la perforation standard des feuilles de dessin ainsi qu’un système permettant de ne pas avoir à redessiner à chaque image les parties immobiles. En même temps Earl Hurd fait breveter le cel process, encore utilisé : on dessine les parties mobiles sur des feuilles de celluloïd transparent, appliquées sur les décors peints une fois pour toutes.
La division du travail, orchestrée aux États-Unis par John Randolph Bray, permet d’augmenter considérablement la production de dessins animés et engendre les premières séries comiques. Après le succès énorme de son personnage Mickey Mouse, Walt Disney va accélérer l’industrialisation dans les années 1930 (il a 6 employés en 1928, 1600 en 1940).

En marge de la standardisation dont Disney est le principal acteur, l’animation reste un espace d’expérimentations. De nouvelles techniques sont popularisées mais surtout, les artistes avant-gardistes en exploitent les possibilités, notamment non figuratives, aidés à partir de 1927 par l’arrivée du cinéma parlant.

1915- La Rotoscopie

Les frères Fleischer invente le rotoscope, qui permet de dessiner sur des images en prise de vues réelles et d’obtenir ainsi une animation réaliste. Ils l’utilisent pour leur série Out of The Inkwell puis sur leur long métrage Les Voyages de Gulliver. La technique est très vite récupérée par Disney (par exemple sur Blanche Neige et les sept nains) puis par des animateurs comme Ralph Bakshi (American Pop, 1981) également dans le sens d’un rendu réaliste.
Mais d’autres animateurs utilisent la rotoscopie pour basculer du réel à l’imaginaire  (le clip de Take on Me du groupe A-Ha) et créer des effets d’inquiétante étangeté (A Scanner Darkly de Richard Linklater).
Cette technique est également mise au service des effets spéciaux, par exemple pour dessiner la vibration lumineuse des fameux sabres laser de La Guerre des étoiles.

Out of The Inkwell – Bedtime, Dave Fleischer, 1923

1917- Long métrage

La satire politique El Apóstol, de l’Argentin Quirino Cristiani, est à ce jour le premier long métrage d’animation répertorié. Dans la foulée, d’autres longs métrages sont réalisés en Argentine, dont Peludópolis, premier long métrage d’animation sonore, mais aucun n’a été conservé.

apostol

1918 Films didactiques

Le pouvoir d’attraction du cinéma d’animation est mis au service de films didactiques. Émile Cohl filme La Bataille d’Austerlitz (1910), O’Galop (créateur du bibendum Michelin) réalise des films sur les dangers de l’alcool, les frères Fleischer vulgarisent la théorie de la relativité d’Einstein (1923).
En 1969 aux États-Unis, Sesame Street est créé afin de proposer une alternative aux écoles maternelles payantes. Un nombre important de très courts films d’animation y sont produits à des fins d’apprentissages du calcul, des lettres, des couleurs, etc. La force visuelle de l’animation montre alors une efficacité sans égal.
Plus tard, des séries destinées au jeune public retrouvent des buts de prévention (les épilogues d’Inspecteur Gadget) et de vulgarisation (les Il était une fois…, lancés en 1978).

Marius O’Galop, Petites causes, grands effets (film de prévention contre l’alcoolisme), 1912

1919 – Séries

Félix le chat est la plus populaire des premières séries animées, avant l’arrivée de Mickey. Créé en 1919, ce personnage devient la première star mondiale de l’animation, la première aussi à générer des produits dérivés.
Dans les mêmes années d’autres séries à succès sont produites, comme Mutt and JeffKrazy KatHeeza LiarLe Canard en ciné
Ces séries sont parfois adaptées de la bande dessinée ou des caricatures (« cartoon » en anglais) de presse, ce qui explique qu’aux États-Unis on appelle le dessin animé (animatedcartoon.

Feline Follies, Otto Messmer et Pat Sullivan, 1919, édité en vidéo par Lumivision

1921 /1937 Avant-gardes

Au début des années 1920, en Allemagne, des peintres, graphistes, architectes, s’emparent du cinéma, notamment pour expérimenter les rapports entre l’image, la couleur et la musique, en particulier le rythme, comme l’indique le titre de leurs créations : Rhythmus 21 (Hans Richter), Diagonal Symphonie (Viking Eggeling) Komposition in blau (Oskar Fischinger, qui travaille en 1940 sur le Fantasia de Disney)…
Aux États-Unis, Mary Ellen Butte prolonge ces recherches dans les années 1930 avec Rhythm in Light et la série Synchromy, tandis qu’en France ce sont des artistes proches du surréalisme qui utilisent l’animation pour leurs expérimentations visuelles, par exemple Fernand Léger (Ballet Mécanique, 1924), Man Ray (Emak Bakia, 1926) ou Marcel Duchamp (Anémic Cinéma, 1926).

Lichtspiel Opus I, Walter Ruttman, 1921, distribué en salles par Lightcone

1926 –

Papiers découpés

En 1926 sort Les Aventures du prince Achmed. Ce long métrage réalisé par Lotte Reiniger popularise l’animation en papiers découpés. Cette technique sera beaucoup utilisée de la fin des années 1950 au début des années 1980, en particulier en Pologne, par Jan Lenica (La Maison, 1958) ou Piotr Kamler (Cœur de secours, 1973).
Au Canada, Norman McLaren réalise Le Merle (1958) avec cette technique, mise en lumière en France par René Laloux (La Planète sauvage, 1973), Jean-François Laguionie (La Demoiselle et le violoncelliste 1965) ou encore Michel Ocelot.
Plus récemment, la série comique South Park a su tirer profit de l’animation limitée propre à cette technique.

Les Aventures du prince Ahmed, Lotte Reiniger, 1926, édité en vidéo par Carlotta

1927- Son

Les avant-gardistes utilisaient le son en animation avant même l’arrivée du cinéma parlant. Il n’est donc pas étonnant qu’aussitôt après celle-ci les animateurs s’intéressent de près à la bande-son et en particulier à l’interaction entre image et musique.
La musique est même souvent prise comme point de départ, que ce soit dans les Silly Symphonies (Disney) ou les Merrie Melodies (Warner) ou chez des cinéastes plus aventureux comme Alexeïeff (Une nuit sur le mont chauve d’après Moussorgski) et Norman McLaren (Caprice en couleur d’après Oscar Peterson). Ce dernier va jusqu’à composer la musique en grattant la piste son de la pellicule elle-même (Dots, 1940).
Plus récemment les documentaires animés (cf. Conversation Pieces) prennent comme point de départ des témoignages sonores qui donnent un souffle nouveau aux personnages animés incarnant ces voix réelles.

À la pointe de la plume, film didactique de Norman McLaren, 1951, distribué par Les Films du Paradoxe

18 novembre 1928 – Walt Disney

En 1928 sort un des premiers dessins animés sonores, Steamboat Willie. Il s’agit de la première apparition publique de Mickey. Le succès est au rendez-vous et donne les moyens de ses ambitions à Walt Disney, qui produit régulièrement des longs métrages à partir de Blanche Neige et les sept nains en 1937. Disney devient pour longtemps l’unique référence en matière de dessin animé grand public.
Il ouvre une école pour former ses propres animateurs, accentue la division du travail : à partir du storyboard, les dessinateurs se servent des model sheets, pour dessiner les poses clés, puis les poses principales de chaque plan. Les intervallistes se chargent des phases intermédiaires, tandis qu’on confie à d’autres l’encrage, la mise en couleur, ou encore la prise de vues sur banc-titre.

1930 –  Marionnettes

Dès 1907 Edwin S. Porter utilise les marionnettes dans The Teddy Bears, mais c’est Ladislav Starevitch qui donne à la technique ses lettres de noblesse.
Par la suite, la Tchécoslovaquie, de par sa tradition de spectacle de marionnettes, devient le pays phare pour cette technique, avec des cinéastes comme Jiri Trnka (La Main, 1965). Plus récemment, Tim Burton et Henry Selick ont produit ensemble ou séparément des œuvres comme Vincent (1982) ou Coraline (2009).

L’animation de marionnettes (on dit aussi animation de poupées) est un des types d’animation en volume, qui comprend l’animation d’objet, la pixilation (animation d’êtres vivants) ou encore la pâte à modeler.

Les Fables de Starewitch, 2011, Ladislav Starevitch © Les Acacias

1933- Écran d’épingles

Technique extrêmement rare, l’animation à l’écran d’épingles est inventée par le graveur d’origine russe Alexandre Alexeïeff et sa femme Claire Parker pour Une nuit sur le mont chauve, qu’ils réalisent seuls.
Un écran blanc vertical est traversé de 240 000 épingles et éclairé de biais. Les épingles forment donc des ombres d’importances variables selon qu’elles s’y enfoncent plus ou moins. On obtient ainsi une riche gamme de tons allant du sombre au clair. Des sujets y sont façonnés en bas relief, et sont filmés image par image pour prendre vie. L’usage de différents outils ou objets permet de créer des trames et des reliefs particuliers.
En dehors des quatre autres films d’Alexeïeff-Parker, l’écran d’épingles n’a été utilisé que par Jacques Drouin et tout récemment par Michèle Lemieux.

Le Nez, Alexandre Alexeieff et Claire Parker, 1963, édité en vidéo par Re:voir

1933 – Effets spéciaux

L’image par image a très vite été mise au service des effets spéciaux : escamotages de Méliès, animations d’objets de Charley Bowers… Ce dernier anime aussi des poupées qui, modelées et mélangées à de vrais acteurs par Willis O’Brien, vont longtemps peupler le cinéma fantastique, de King Kong aux créatures de Ray Harryhausen ou de Phil Tipett (La Guerre des étoiles).
Pour Jurassic Park (1993), si Spielberg choisit d’abandonner l’animation en volume au profit des images de synthèse pour mieux mélanger images animées et prises de vues réelles, c’est à Tipett qu’il en confie la tâche.
La motion capture brouille également la frontière entre ces deux types d’image. On peut la voir comme une nouvelle forme de rotoscopie, puisqu’il s’agit aussi de partir des mouvements d’un acteur réel pour dessiner une créature par-dessus (voir le Gollum de Peter Jackson).
Ainsi l’image par image, qui est à l’origine du cinéma, est aussi à la base de ses dernières innovations.

King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, 1933, édité en vidéo par Les éditions Montparnasse

1935 –  Animation sans caméra

« On utilise l’expression « animation sans caméra » pour désigner les techniques du dessin et de la gravure sur pellicule. Ces procédés, en effet, ne nécessitent aucune prise de vues mécanique, l’image étant tracée directement sur la pellicule par le cinéaste, à l’aide d’encres (dans le cas du dessin) ou d’un instrument pointu avec lequel on gratte l’émulsion (dans le cas de la gravure).
Ces techniques trouvent leur origine dans l’incursion des peintres d’avant-garde dans le cinéma, autour de 1910.[…]
Le Néo-Zélandais Len Lye et le Canadien d’origine écossaise Norman McLaren sont les deux premiers cinéastes à avoir réalisé une œuvre accomplie et soutenue à partir des techniques d’animation sans caméra. »
Marcel Jean, extrait du site Objectif animation de l’ONF.

Montage d’extraits de trois films réalisés par Len Lye dans les années 1935-1937 : KaleidoscopeA Colour Box et Colour Flight, édités en vidéo par Re:voir

 

Auteur :

Un site spécialement dédié à l'éducation à l'image Cinéma sur le département de l'Aude

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